Biographie

L’histoire de So Kalmery est celle picaresque, d’un musicien prodige, un voyageur insatiable, un poête, chanteur, danseur à la recherche des racines et des valeurs de l’humanité… Un personnage drôle et mystique qui joue une musique au delà des frontières, à la croisée du blues, de la folk, de la chanson et du Brakka…

So Kalmery nait en 1955 dans la région de Bukavu, à proximité du lac Kivu dans l’Est du Zaïre. Son père, musicien, joue de l’accordéon, de la trompette et de la guitare dans les fanfares et de l’orgue à l’église. So chante dès son plus jeune âge, avec les autres enfants, dans les chorales et suit ses grands frères qui jouent le brakka dans les orchestres le dimanche. Il compose ses premières chansons à 9 ans.
En 1966, le père de So est éliminé pendant la répression anti-lumbubiste.. La famille part à Lusaka (Zambie) ; So les suit. Chanteur dans une chorale, il est engagé à 14 ans par un chef d’orchestre local qui le kidnappe et l’emmène en tournée au Burundi et au Kenya. A cette époque, est désigné chef d’orchestre celui à qui appartient le matériel et les instruments. So restera un an avec ce groupe qui ne joue que des reprises. Lorsqu’il prend conscience avec les autres musiciens de l’exploitation dont ils sont victimes, ils décident de prendre le large…

Lors d’une ballade dans Nairobi, So découvre une vitrine exposant des disques d’or et de platine : Le siège de E.M.I. Totalement naïf face à la production phonographique, So, sollicité par un producteur d’EMI, présente ses maquettes…
Lorsqu’il annonce la nouvelle aux musiciens du groupe qui porte maintenant le nom de « Vedette mambo », personne ne prend So au sérieux. « Faire un disque » reste un rêve inaccessible.

Pourtant, à l’écoute d’un concert Live enregistré par « Vedette mambo », EMI s’engage à produire le groupe. So a 16 ans. Il découvre alors les studios d’enregistrement et surtout, devient, grâce aux avances d’EMI, co-propriétaire des instruments et du matériel pour tourner. Bref, « Vedette mambo » devient un groupe indépendant…

Vers 17 ans, So forme un nouveau groupe, « King melody Band » (plus tard « Ujamaa »), avec des anciens de « Vedette mambo » et des nouveaux venus. Ils tournent au Kenya, au Burundi, et gagnent de nombreux concours, grâce aux compositions de So. Rappelons qu’à cette époque là, les compositions originales sont rares, la plupart des répertoires étant essentiellement composés de reprises.

A 19 ans, So retourne en Zambie et retrouve une partie de sa famille. Il joue avec le groupe « The Blazes » , dans lequel chante Dorothy Masuka, grande dame du jazz sud-africain (auteur notament du titre « Pata pata » chanté par Myriam Makeba). So est d’abord son guitariste-chanteur avant de devenir chef d’orchestre du groupe. C’est avec elle que So enrichira ses connaissances musicales et surtout l’harmonie et l’orchestration.

En 78, après un bref séjour à Londres puis en Zambie où il participe à l’enregistrement d’albums (« Lusaka music palace »), So part pour deux ans à Kinshasa. Il joue avec le groupe « Viva la musica » en tant que guitariste.

Rappelons que ce groupe rassemble en son sein une grande partie des stars africaines actuelles comme Papa Wemba (So laisse d’ailleurs son empreinte sur le tube « Dja Mosket ») ou Koffy Olomide… Lors des premières parties, So chante ses compositions à la guitare.
Il arrive à Paris en 82 à la suite d’une tournée en Belgique et crée le groupe « Ujamaa »(famille, en Swahili) dans lequel il joue le brakka. Il enregistre deux albums autoproduits, « Ujamaa » et « So & Ujamaa », participe à des
tournées européennes (Festival d’été de Vienne, Carnaval de Notting Hill à Londres…)

En 1987, au Albert Hall de Londres, une rencontre est organisée par le manager de Fela. So assure la première partie de Paco de Lucia et John Mac Laughin … Deux inconnus pour So qui jouera avec eux un morceau sur scène le même soir.
En 1989, il enregistre « So » pour CBS France. Sortie et tournée européennes. So, infatigable voyageur, partage son temps entre les tournées, Londres et Paris.

Pourtant, en 1993, So se remet en question et s’interroge sur le véritable rôle du musicien dans la communauté.
Car contrairement à l’Occident qui met en place des structures d’aide psychologique après des événements traumatisants (guerres, etc…), So réalise que l’Afrique ne dispose d’aucune structure aidant la population à assumer les changements de société. La musique africaine est le plus souvent une invitation à la danse et à la fête. So veut lui donner un rôle éducatif. C’est à cette époque qu’il s’intéresse à l’histoire, et notamment à l’Egypte ancienne.
Après cette période de réflexion, So part en Australie en 1994. Acceuilli par les Aborigènes, il découvre le Didgeridoo qu’il intègre à sa musique. Il enregistre l’album « Rasmi » en 95, est invité par « Chicago Blues » au Havre, par Eric Bibb au Queen Elisabeth Hall à Londres. Il tourne en Europe et en Australie et fait les premières parties de Ben Harper lors de sa tournée en France. « Rasmi » sort en 96 et So fait sa promotion les années qui suivent sa sortie.